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  • Lea Raso Della Volta

Iran : jours de colère contre les crimes et mensonges de l’État iranien

L’assassinat de Mahsa Amini arrêtée pour avoir enfreint le code vestimentaire imposé par la loi islamique a été le meurtre de trop et a provoqué la colère de la rue et la révolte de la jeunesse. Mais en 2009, il y a eu Neda Agha-Soltan. Désormais la jeunesse, qui étouffe dans ce carcan imposé par un pouvoir corrompu, qui pour se maintenir fait usage du crime, distille la terreur, la suspicion afin de contrôler et remodeler les esprits. Après avoir tenté de calmer les esprits, le gouvernement a fait le choix de la reprise en mains musclée.



 

Face à la bronca de la jeunesse, la Justice et le Parlement iraniens ont été sollicités par le pouvoir pour revoir la loi de 1983 sur le port du voile obligatoire, et ce, afin de trouver une issue au mouvement de contestation qui depuis trois mois secoue le pays.

Mais la jeunesse n’a pas été dupe de cette mesure qualifiée de dilatoire, un procédé bien connu.

« Les mollahs veulent que nous soyons des veaux drogués, les hommes politiques s’assurent que nous allons jeter notre gourme jusqu’à notre maturité, notre entrée dans la vie. Puis nous serons las de nous rebeller et nous serons accaparés par les difficultés et les responsabilités de l’existence. Ils lâchent un peu les rênes, puis ils reprennent la main, c’est comme ça qu’ils manipulent la jeunesse ». (1)

Mais le pouvoir qui n’en n’est pas à un effet d’annonce près, par la voix du procureur général Mohammad Jafar Montazeri, a déclaré le 3 décembre que la loi sur le voile allait être modifiée, tout en maintenant un certain flou quant aux contours des modifications apportées. Le 4 décembre, la dissolution de la patrouille de la guidance islamique était annoncée (2). Mais la structure même de l’État islamique démontre le peu de crédit qu’il convient d’accorder à ce type de déclaration.


En effet la théorie dite du velyat-e faqih, issue du droit musulman a été remise à l’honneur par l’ayatollah Khomeiny. Le terme de velayat-e faqih, qui signifie « tutelle ». Le mot faqih désigne un personnage issu du clergé, en mesure d’édicter la loi, il est à la tête d’une assemblée d’experts de 86 dignitaires religieux. Mais il détermine la direction politique générale du pays et en supervise l'exécution, après consultation auprès du Conseil de discernement de l'intérêt supérieur du régime.

Il dispose dans les faits des pleins pouvoirs et peut décider de la tenue d'un référendum, pour toute révision constitutionnelle, facultatif pour toute législation importante, économique, politique ou culturelle ; il arbitre les conflits entre pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Le Guide est également le Chef des armées : il nomme ou révoque les commandants des forces armées, qu’elles soient régulières, ou des milices paramilitaires, y compris le corps des « gardiens de la Révolution », l’un des piliers du régime.


Le Guide intervient également, indirectement, sur l'activité du pouvoir législatif qu'il contrôle, notamment par le truchement du Conseil des gardiens de la constitution, dont il désigne la moitié de ses membres.


Aussi, l’apparente volte-face était destinée à calmer les esprits par un pouvoir aux abois qui ne pouvait gérer la crise intérieure, et la menace extérieure, depuis l’annonce par l’Iran de l’imminence de la bombe atomique et l’Amérique n’a pas fait mystère de sa décision de bombarder l’Iran.



Des méthodes qui rappellent l'époque stalinienne


Le vent de révolte n’est pas prêt de se calmer et la jeunesse est disposée à braver le pouvoir en place qui depuis l’accession des mollahs au pouvoir a usé du crime comme moyen pour asseoir son pouvoir, quitte à décapiter les tenants de la culture persane. Des méthodes qui ne sont pas sans rappeler la grande terreur stalinienne, qui s’est abattue sur l’URSS de 1937 à 1938.


Le pouvoir a parfaitement compris la détermination de la jeunesse et a choisi une autre voie, celle de la justice expéditive et de la violence légitime (3), que le pouvoir iranien des mollahs n’a cessé d’exercer depuis 40 ans et dont les méthodes sont proches de celles des régimes totalitaires les plus durs, et qui rappellent celles du crime organisé, car le pouvoir a aussi recours à des hommes de main. De 1990 aux années 2000, le pays a été en proie à un déchaînement de violence, une vague d’assassinats connue sous le nom de « crimes en série », par la population.



Les crimes en série : l’arme du pouvoir

Dès l’accession au pouvoir des mollahs, la répression s’est abattue sur le monde politique d’avant la République islamique, les premières victimes furent les proches du Shah. En 8 mai 1980 où Forrokhroo Parsa, ministre de l’Éducation a été fusillée par un peloton d'exécution, après un procès inéquitable, pour corruption.

Mais la plupart des crimes commis l’ont été de manière anonyme de façon à créer une psychose au sein de la population.

Le 22 novembre 1998, Dariush Forouhar, l’un des fondateurs du Parti pan-iraniste en 1951, a succombé de onze coups de poignard dans son bureau. Son épouse Parvaneh a été assassinée de 24 coups de couteau dans le couloir du 2ème étage de leur maison. Le gouvernement des mollahs souhaitaient éradiquer toute trace de nationalisme dans la société pour y substituer l’islam chiite.


Le même jour à 5 heures de l’après-midi, en pleine rue, Mohammad Mokhtari a été étranglé. Il avait contribué à la renaissance de l’Union des écrivains.

Le journaliste de gauche Majid Sharif, est retrouvé mort au bord la route après son jogging. Officiellement il venait de succomber à une crise cardiaque.

Le 8 décembre 1998, le traducteur Mohammad Jaffar Pouyandeh disparaît. Son épouse, Simeh, n’a cessé de faire le siège des bureaux des dirigeants de l’État et des morgues. Son cadavre a été retrouvé, jeté à la rue dans la banlieue de Téhéran. Il était également membre de l’Union des écrivains, connue pour ses prises de position en faveur de la liberté d’expression.


Le professeur0 Ahmad Tafazzoli et Ibrahim Zalzadeh, qui dirigeait la maison d’édition Ebtekar et éditait le mensuel littéraire Me’yar interdit par les autorités. Les deux hommes ont disparu sans laisser de trace. 35 jours plus tard on a retrouvé le premier le crâne défoncé à moitié enterré sur un chemin isolé.

L’écrivain Ali Akbar Saïdi Sirjani, qui avait critiqué le régime, a été arrêté puis exécuté en prison dans des circonstances encore non élucidées.


Au total 107 personnes. Comme à chaque fois, face aux accès de colère de la population, le pouvoir s’est défaussé en accusant des agents étrangers de complot criminel, dont l’objectif était, selon leurs dires, de déstabiliser la sécurité publique. Une tentative maladroite de souder la nation autour d’un complot étranger. Une manœuvre à laquelle personne en Iran n’a été dupe, mais tout le monde s’est contenté de ces mensonges d’État.


Autre lieu, autre temps, en 1952, sur ordre de Beria des intellectuels juifs furent assassinés en Union Soviétique, un épisode connu sous le vocable de « La nuit des poètes assassinés ». L’Iran a eu aussi cet épisode.


En 1995, 21 intellectuels en route pour un congrès de poésie en Arménie vont trouver la mort. A deux heures du matin alors que la plupart d’entre eux dormaient, le véhicule a fait une embardée vers l’abîme. Le chauffeur a sauté en marche. L’un des poètes a alors saisi le volant et sauvé le groupe in extremis. Le chauffeur est revenu pour précipiter dans le vide le bus qui a été stoppé par un rocher. L’homme s’est ensuite enfui à pied.


Deux journalistes d’investigation, Emaddedin Baghi et Akbar Ganji ont refusé de s’en tenir à la version officielle (4) et ont continué à fouiller et à publier le résultat de leurs enquêtes. Ils ont découvert que le complot, contre les élites devenues ennemies de la nation, remontait plus haut en début d’année 2000. Akbar Ganji a révélé que l’homme clé derrière les assassinats était l’ex-ministre du Renseignement, Hodjatoleslam Ali Fallahian, avec la complicité des dignitaires religieux. Saïd Hajjarian le directeur du journal qui avait publié les articles a été atteint d’une balle dans la tête et demeure à ce jour paralysé (5).


Le président réformateur Khatami a nommé une commission d’enquête de trois membres qui a soulevé le voile avant d’être réduite au silence. Le 4 novembre 1999, le porte-parole du gouvernement a publié le communiqué affirmant que les crimes odieux à Téhéran étaient le fruit d’une conjuration de longue durée et une menace pour la sécurité nationale. Un procédé caractéristique des régimes totalitaires qui désignent l’ennemi de l’extérieur.


Le Ministère du Renseignement a été désigné et certains de ses membres ont nommément été identifiés. Selon le pouvoir il ne s’agissait que d’un groupuscule d’extrémistes et d’irresponsables, au sein du ministère, sans doute égaré sous l’influence de « fourbes agents secrets étrangers » ; Saïd Emami adjoint au chef de la sécurité a été désigné comme responsable, sauf que personne n’a jamais vu le personnage.



Le ministère du Renseignement, le serpent qui se mord la queue


Il s’agit de la principale agence de renseignement iranienne et membre du Conseil de coordination du renseignement. Il est aussi connu sous son ancien nom de VEVAK, acronyme de Vezārat-e Ettelā'at va Amniat-e Keshvar.

Il constitue un élément essentiel de l'appareil de sécurité de la république islamique. Pour les journalistes.

« Le VEVAK n’a d’un ministère que le nom et fonctionne sous le contrôle direct du Guide Suprême. Il ne doit rendre de compte à ni au gouvernement et ni au parlement. Il est doté d’un budget secret et se place au-dessus des lois. Durant ces 21 dernières années, il s’est développé en une machine de répression tentaculaire. ».

Ce qui peut expliquer qu’il soit particulièrement bien financé et équipé au regard des autres ministères, car il constitue le bras armé du gouvernement iranien, en matière de politique étrangère (6).

Jusqu'à sa récente réorganisation, il a souvent été accusé de participer à des activités extraterritoriales, notamment l'entraînement et le financement du Hezbollah, avec la brigade Al Qods, qui prolonge son action sur le terrain et qui assure la liaison avec le ministère sur les scènes de conflits, Liban, Syrie.


Mais dans le crime, le ministère a des alliés, parmi lesquels les Fadayan-e Islam, une société secrète fondamentaliste islamique qui a été créée en 1946 en Iran par un étudiant en théologie nommé Navvab Safavi.


Ce dernier a cherché à “purifier l'Islam” en Iran en le débarrassant de “la corruption d'individus” au moyen d'assassinats soigneusement planifiés de certaines personnalités intellectuelles et politiques de premier plan.


Parmi ses cibles à la fin des années 1940 et au début des années 1950, on trouve l'écrivain laïc Ahmad Kasravi, l'ancien Premier ministre Abdul Hussein Hazhir, le ministre de l'Éducation et de la Culture Ahmad Zangeneh et le Premier ministre Haj Ali Razmara. L'influence et le succès des groupes ont été tels qu'il a pu utiliser ses puissants sympathisants cléricaux pour libérer ses assassins de toute punition. Au milieu des années 1950, après la consolidation du pouvoir du Shah, le groupe est dissous et Safavi exécuté. Mais ses partisans et son groupe ont survécu et sont devenus les partisans de l'ayatollah Khomeini et de la révolution islamique en Iran qui a érigé le personnage de Safavi en martyr.

Il y a une tradition du crime politique en Iran et les crimes perpétrés au cours des dernières années qu’il est derrière les crimes en série, l’organisation de ces derniers nécessite des personnes aguerries aux techniques de ce type d’assassinats

« Coups de poignard à la poitrine, accidents de la route, assassinats au cours de braquages mis en scène, injections de potassium afin de simuler une crise cardiaque. Une vaste allusion de nettoyage silencieuse et bien orchestrée par les soins du ministère du Renseignement, l’exécution massive et implacable de tout contestataire. » (7)

Incriminer le ministère du Renseignement revient immanquablement à désigner la tête de l’exécutif dont les grandes purges qui rappellent 1937-1938 : la Grande Terreur en URSS qui s’est déroulée de 1937 à 1938 et qui a éliminé les membres de l’ordre politique des précédents régimes. Une pratique sectaire qui vise à faire tabula rasa du passé, effacer la mémoire de la population. Le pouvoir a cherché à anéantir la culture persane, au profit de l’islam, en privant le pays de ses poètes et en tentant de déclarer hors-la-loi la fête du Nowrouz, jour de l’an iranien, qui célèbre le renouveau, le printemps et qui est une fête zoroastrienne. L’objectif étant d’imposer une pensée unique et tyrannique, comme l’a montré Hannah Arendt, le totalitarisme assure la prédominance d’un parti. Les partis totalitaires sont caractérisés par une idéologie et une structure sectaire et meurtrière.


Conclusion


Les effets d’annonce n’ont pas suffi à calmer la population. Le gouvernement a donc compris que ce qu’il ne suffisait plus de lâcher du leste et que ce qui était mis en cause à très court terme, c’était son propre pouvoir et la doctrine du velayat-e faqih. Ce qui explique le changement de stratégie et les exécutions qui se succèdent désormais quotidiennement après un procès expéditif.


L’Iran a un agenda international et de nombreuses menaces qui pèsent sur le pouvoir même. Une menace américano-israélienne, qui pourrait impliquer certains pays du golfe persique.


D’une part, son partenariat croissant avec la Russie, qualifié par l’administration américaine de partenariat militaire à grande échelle, toujours plus approfondi entre Téhéran et Moscou, qui a de son côté réfuté avoir besoin du soutien militaire de qui que ce soit en Ukraine. Alors que l'Iran fournit déjà à l'armée russe des drones utilisés en Ukraine, John Kirby, porte-parole du Conseil de sécurité nationale de l'exécutif américain, a indiqué qu'en retour, la Russie « offrait à l'Iran un niveau sans précédent de soutien militaire et technique », ce qui « transforme leur relation en un partenariat de défense plein et entier » (8).


Par ailleurs, il y a l’annonce faite par Téhéran qui s’est déclaré proche d’avoir atteint ses objectifs et tout prêt d’acquérir la bombe atomique. Ce qui a entraîné une réaction américaine qui a affirmé ne pas exclure une intervention armée.

La révolte ne cesse de croître. On assiste à un rejet du régime des mollahs, de leurs mensonges répétés, de la violence qui n’a cessé de s’abattre sur le pays depuis leur accession au pouvoir. Ils ont poursuivi dans la voie du crime politique, initiée des les années 1940 par les affidés au mouvement de Safavi.

Le gouvernement iranien qui a appliqué la même stratégie depuis de longues années pour calmer la jeunesse, a compris cette fois qu’il en allait de la survie du régime.


Aussi, nous assistons à revirement de situation, avec un durcissement et des pendaisons qui s’enchaînent quotidiennement.

L’Iran doit donc trouver une sortie de crise très rapidement, car le pays entend jouer un rôle international et parvenir à la dernière étape de la bombe atomique.




Bibliographie

Arendt, H, The origins of totalitarism, Mariner Books, 1973.

Bonnet, Y Vevak, au service des ayatollahs : Histoire des services secrets iraniens, Timée-éditions, Boulogne-Billancourt, 2009.

Leshem, R, Niloufar, Le Seuil, 2011.

Nikpey, A, Politique et religion en Iran contemporain, L'Harmattan, 2001.

Weber, M, Le Savant et le Politique, 10/18, 2002.


Références

1. Leshem, R, Niloufar, Le Seuil, 2011, p.361.

2. Brault, P, « Iran : l’abolition de la police des mœurs, une « opération de propagande » ? in : Huffington Post, 4 décembre 2022.

3. Weber, M, Le Savant et le Politique, 10/18, 2002.

4. Sahimi, M,"The Chain Murders", in : Frontline. PBS, 14 décembre 2009.

5. "Guns and the bookworm", in : The Economist. 16 March 2000.

6. Bonnet, Y Vevak, au service des ayatollahs : Histoire des services secrets iraniens, Timée-éditions, Boulogne-Billancourt, 2009.

7. Leshem, R, Ibidem, p.124.

8. Le partenariat militaire entre Russie et Iran inquiète la Maison-Blanche ? in : Le Point, 10 décembre 2022, Le partenariat militaire entre Russie et Iran inquiète la Maison-Blanche - Le Point



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